DD : Magma suscite une véritable fascination auprès du public, tant du point de vue musical que du point de vue humain. Le personnage de Christian fait l’objet d’un nombre incroyable de rumeurs plus ou moins ésotérique (la dernière en date étant celle d’une sorte d’élevage de jeunes batteurs...). Comment expliquez-vous cette passion et tous ses débordements (souvent hors-sujet) ?

SV : Ceci n’est pas propre à Magma ou à Christian ; tous les personnages publics ont droit à ce traitement et plus particulièrement les gens qui font de la scène, musiciens ou comédiens. Nous sommes heureusement préservés, du fait d’être peu médiatisés, des débordements que l’on trouve dans les journaux type “Voici”ou “Gala”!

DD : Magma a toujours souffert d’un “déficit d’image” : parfois suspecté de véhiculer une idéologie extrémiste, traité de “facho” ici et là et ce d’autant que Christian Vander n’a jamais vraiment cherché à dissiper les malentendus. Comment expliquez-vous cette suspicion et comment vous situez-vous dans cet environnement ?

SV : Au moment où Magma est arrivé sur la scène musicale française, il a suffit d’être habillé en noir, au milieu des groupes de l’époque qui, eux, faisaient surtout dans la débauche de couleurs, pour être assimilé à une secte et de préférence, d’extrême-droite. Effectivement, Christian n’a jamais rien fait pour contredire ces affirmations, il en a même rajouté de temps en temps. Mais 30 ans après, il est toujours musicien et compositeur, il n’est pas à la tête (ni membre d’ailleurs) d’un parti politique. C’est ce qui est important. Je serais très déçue s’il abandonnait la musique au profit de la politique, mais cela n’arrivera jamais. C’est du folklore... Je me contrefiche de tout cela. Il m’arrive de m’intéresser à la politique, comme chaque citoyen, souvent pour pester contre les gens qui nous gouvernent et me dire que, décidément, ce n’est pas demain la veille que je vais voter à nouveau... J’ai aussi, comme tout le monde, des idées sur la manière dont on pourrait améliorer les choses dans ce pays. Mais cela s’arrête là. Chacun son métier. Celui que j’ai choisi me satisfait pleinement, je n’ai pas de manque.

DD : De nombreux “fans” de Magma sont aux antipodes des idées que l’on prête, à tort ou à raison, à Christian Vander. Selon vous, peut-on ressentir et aimer la musique de Magma même si l’on ne partage pas ces idées ?

SV : J’adore la musique de Wagner. J’ai pourtant été horrifiée à la lecture de ses écrits! Cela ne m’empêche pas d’être toujours terriblement émue chaque fois que j’écoute, entre autre, l’ouverture de Lohengrin. L’orchestre symphonique d’Israel a remis Wagner à son répertoire depuis plusieurs années, c’est un bon exemple. Ce qui reste, c’est sa musique. Je ne confirme, ni n’infirme aucune rumeur sur Christian. Laissons les gens se prendre la tête, si cela les occupe mais je me demande bien à quoi cela les avance? On aime ou on aime pas, on vibre ou on ne vibre pas à l’écoute d’une musique ou à la vue d’un tableau. C’est le premier frisson qui compte.

DD : Y a-t-il au sein de Magma un espace pour échanger des idées entre musiciens ou bien, au contraire, l’acceptation, même tacite, d’une “vérité” est-elle un pré-requis pour intégrer l’univers du groupe ?

SV : La seule chose que l’on demande à un musicien pour intégrer le groupe c’est de “faire l’affaire” comme on dit. Si en plus il est gentil, sensible, intelligent, équilibré et extrêmement professionnel, on ne s’en plaindra pas ! Il y a eu toutes sortes de tendance politique parmi tous les musiciens qui ont fait partie de Magma, y compris des communistes et des anarchistes. Chacun est libre. Il y a, bien entendu, des échanges d’idées, mais nous avons toujours trouvé mieux à faire que de s’engueuler au sujet des idées des uns ou des autres. En fait, nous parlons surtout de... devinez... de musique!

DD : Dans une récente interview (1997), Christian évoquait un “complot”, parlant même de “falsification de l’histoire”. Il dit également être parvenu, depuis 1987 et une certaine “révélation” à “dénouer les fils”. De tels propos sont historiquement très mal connotés, car ils ont déjà été tenus par des personnages peu recommandables et ont souvent abouti à des bains de sang ou à des génocides. Je crois savoir que vous ne partagez pas son point de vue : est-il possible d’en parler avec lui et, si oui, avez-vous déjà réussi à infléchir ses positions ?

SV : Je pense être une des rares personnes à qui Christian fait confiance et qui puisse trouver les arguments qui l’amènent à se poser certaines questions. Je n’ai plus envie de parler de tout cela, je ne veux plus, et Christian non plus, aborder de sujet qui puisse mener à un affrontement. Il y a trop d’amour et d’affection entre nous. De toutes façons chacun reste sur ses positions. Alors... Comme je le disais un peu plus avant, ce que je peux constater, c’est qu’il continue chaque jour à composer, à jouer... Si un jour il se met à haranguer les foules, je m’évanouirai dans l’espace... Mais cela n’arrivera pas. Il y a une bonne dose de provocation dans tout cela.

DD : Kip Hanrahan, un musicien américain, écrivait récemment : “Il faut simplement être habité par une intensité qui fasse que l’on ne peut jamais se reposer tant que cette musique intérieure n’est pas sortie.” Est-ce une façon correcte de dire la manière dont vous vivez la musique ?

SV : J’appliquerais aussi cette manière de fonctionner à la plupart des actes de ma vie quotidienne ; j’ai du mal à me reposer tant que tout n’est pas “en place”. J’essaie d’apprendre à faire autrement car je me rends compte que cela à une influence néfaste sur ma santé...

DD : A contrario, cette intensité peut-elle nous autoriser à tout dire et à tout faire, sous le prétexte de la sincérité la plus absolue ?

SV : On le croit un certain temps... il faut bien apprendre. Et puis après avoir pris un certain nombre de “claques”, on mûrit, et on tempère. Plus on est passionné, sincère et entier, plus c’est difficile.